C’est encore repire

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Mon moteur à vapeur s’enraye,
Il s’enraye dans les rayons,
Dans les rayons de la roue avant,
De la roue avant de ma brouette,
Brouette de secours, l’autre est déjà pliée,
Pliée en deux, en trois, en quatre,
Quatre fois pliée de rire,
Quatre fois dépliée à en pleurer,
Mon moteur à rayons s’emballe,
Il s’emballe dans du papier argent,
Argenterie, c’est une impasse,
Passe la baballe à ton voisin,
Mais la roue à brouette de mon moteur est à vapeur,
Elle transpire,
Ahane,
S’épate,
Se carapatte,
Le moteur est à pattes,
Pattes de mouches,
Mouche du coche,
Piquée.
Mon moteur à mouche du coche est piqué de vapeur à brouette,
La vapeur du coche pique la brouette de la mouche à moteur diesel,
Le coche brouette le moteur à vapeur du diesel monté sur une patte de mouche,
Les rayons en ressortent tordus,
La voile est enrouée, La roue est dévoilée,
La bête pique le diesel de la vapeur monté sur le coche de la mouche qui braie comme une mule.
Qui c’est qui conduit ici ?
Je repire comme je crie,
J’écris comme je respire,
Si je m’arrête d’écrire,
Est-ce que je vais encore respirer ?

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Le char qui me tire

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Qui me tire par les rênes de la vie ?
Qui me dit c’est par là, par ici,
Ne prend pas cette voie là mais suit celle que voici,
Ne précipite pas tout, réfléchis c’est ainsi,
Que tu iras plus loin et que tu atteindras,
Les bords les plus osés des rêves les plus fadas ?
Est-ce le moteur de l’âme où une quelconque idée ?
Est-ce la précieuse essence d’un cœur un peu usé ?
Ou bien serait-encore cette intime conviction,
Qu’il existe un grand ordre qui guide nos actions ?
Quoiqu’il en soit cette fois, mon moteur ronronne,
D’une détermination dont pas une seule personne,
Ne coupera l’élan, ni les ailes, ni les voiles,
Ni le roulis tanguant que navigue mon vaisseau,
Soulevé de ces vagues qui viennent et puis reviennent encore,
Et qui font de mon âme un espoir à jamais.
Le char doux de l’amour vogue donc sous les étoiles,
Chahuté de tendresse et de joie, d’escargots,
Qui en bavent doublement du chagrin de ta peau,
Où transpirent lentement les brumes du château,
Dans lesquelles tu erres à chercher cette paix,
Qui ne viendra seulement qu’une fois ton choix fait.

Le pivot de ma nuit

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« La poésie avant d’être des poèmes c’est une façon d’être, liée à une révolte, peut-être la plus humaine possible. Une révolte qu’on a tous connu étant adolescents qui est la révolte devant d’un coté l’immensité des désirs que chacun porte en lui et le peu que la vie permet de vivre. Je crois que la poésie, si elle ne porte pas cette conscience du malheur d’être homme eh bien elle n’existe pas. En même temps, la poésie c’est aussi ce qui permet de conjurer ce malheur justement en affirmant qu’un geste, un regard, un être, une passion peuvent faire que le monde réponde à l’immensité du désir. »
Annie Le Brun, interview chez Bernard Pivot, Apostrophes, 1988

Le pivot de ma nuit

Tu me regardes toujours avec cette insistance,
Sur laquelle je danse,
Et si par hasard, mes yeux évitent les tiens,
Toi tu me retiens.

Et toi,
Et moi,
On aime.

Tu es le pivot de ma nuit,
Tu es mon plus bel ami,
Et nous aimons cet ennui,
Qui gèle l’accès au paradis.

Parce-que, tu vois, j’y vois.

Tu es le sel de ma terre,
Tu es la plus vive lumière,
Celle où je baigne mes tristesses,
Celle où je vais quand tout me blesse.

Tu vois, c’est ça, l’amour.

Tu me regardes encore avec cet air taquin,
Moquer mon chagrin,
Mais au fond, que cachent tes sourires,
Sinon tes soupirs.

Je crois, en toi, pourquoi ?

Tu es mon île au trésor,
Mon cocotier où je me dore,
Le doux repos auquel j’aspire,
L’élan d’amour que je respire.

Tu vois, c’est toi,
Et moi.

Mon espace de joie.

 

Résolue à vivre et pourtant

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J’me suis jetée par la fenêtre du haut de mon rez-de-chaussée,
J’me suis jetée dans les ténèbres à midi un mois de juillet,
Au pied du massif d’hortensias je suis tombée sur mon coccyx,
Tant et si bien que se brouilla ma vision dans ce précipice.
Y’avait toute une végétation qui m’enserrait jusqu’à la gorge,
Et moi dans ma résolution d’agoniser je m’interroge.
J’me suis pendue aux essuie-glaces par canicule sans grand succès,
J’ai dérivé fonctionnellement le mur de glace qui m’habitait,
Mais quand j’ai vraiment manqué d’air, que mes poumons bien comprimés,
Ont commencé, démissionnaires, à vraiment vouloir me lâcher,
J’me suis dit qu’la torture aidant valait mieux que j’me casse une dent,
Contre la porte du vivant comme sur un mur un peu dément.
Alors je suis rentrée chez moi après avoir tout découpé,
Dans ma poitrine recroquevillée y’avait plus que du sang séché,
Et plus rien pour dire le vivant,
Et plus rien pour sauver mon sang.

Ils égorgeront tous les rêves

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J’écris
Les poches sous les yeux,
Les bleus,
Les ecchymoses sous le marteau,
Les mots,
Les morts les vœux et les morbleus,
J’envie,
Les vers tartinés à l’amour,
Le jour,
Le trac de l’artiste et l’humour,
Les pour,
Contre lesquels moi je m’élève,
Sans trêve,
Envers et contre toutes les chèvres,
Qui bêlent,
Sans repos ni guerrier ni grève,
Avec le fébrile de la fièvre,
Avec l’épuisement qui m’achève,
Sous le manteau de la pensée,
Qui de lucide devient blasée.
J’écris,
Pour que le fruit reste sur l’arbre,
Riant de la faux à la barbe,
Du monde qui se fait sa misère,
En démontant tous les manteaux,
En détruisant tous les châteaux,
Les sacrements des belles manières,
Je hurle autant qu’un alphabet,
Marmonne en comptant ses hoquets.
Où est passée l’égalité ?
Trois sous d’amour, elle s’est flinguée,
Pour une parcelle de jouissance,
Sous la grande part de complaisance,
Impitoyables glissements,
A briser de leurs errements,
La part sacrée de l’être humain,
Condamnée à tout l’art malsain,
D’une société qui véhicule,
Autant de pervers qu’elle adule,
De nouveaux Dieux qui nous consument.
J’écris encore,
D’une conscience décharnée,
Et de l’illusion acharnée,
Qu’il reste du discernement,
Quand il écrit qu’il fout le camp,
Et puis j’écris du rêve,
Sous les grumeaux du mièvre,
Les jeux sous les préaux,
La fournaise des flambeaux,
J’écris toute la tendresse,
Contre un couteau qui blesse,
Je hurle sous l’étau,
Qui enserre les mots,
Les mots qui crient ou qui supplient,
Et puis même les mots qui décrient,
Ceux qui déforment les propos,
Qui perdent même jusqu’à leurs mots,
Tant se tordent les vérités,
Tant se déguisent les oripeaux,
Sous la naissance d’une aurore,
Qui a déjà perdu son corps.
Puisque sous la cape et l’épée,
Ils ont égorgé toutes les fées.
J’écris la foutaise du bon mot,
Le sang qui retourne la peau,
L’incohérence de ce chaos,
Le grand vide de tous les drapeaux…
Le rejet fait plus que détruire,
Mais accepter encore le pire ?
Vraiment je préfère encore fuir.
Dans les écrits,
Les hurlements, les grands galops,
Les grandes fièvres, les noirs propos,
Les tremblements de la colère,
Les vomissures, les courants d’air,
Taillés dans le vocabulaire,
Jusqu’aux entrailles du ventre à terre,
Dans la muraille d’un cimetière.
L’obscur chemin des catacombes,
Gorgeait les flots de cette coupe,
Brutalement un heurt de poupe,
Réveille le capitaine en tombe.
Mais c’est un bourgeon, une aurore !
Comme soudain il fait bon dehors !
Est-ce un cauchemar, une vérité ?
La traversée faisait toucher,
Le point d’impact qui fait changer.

La pelle au bois dormant

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Elle aimait un râteau, la belle pelle à gâteaux,
Et les gâteaux l’aimaient bien plus qu’elle ne pensait.
Mais le râteau passait lissant la chevelure,
Des herbes folles et hautes, coiffant leur démesure ,
Sans jamais s’arrêter devant son plat parfait,
Ni même la remarquer, ce râteau ratissait.
Son bois est endormi, pensait la pelle en pleurs,
Et ses griffes dentues ne caressent que la terre.
Qu’il devienne le loup me mange et me digère,
J’aurai au moins vécu pour cette dernière heure.
Mais le râteau pensait que la pelle à gâteaux,
N’aimait que de servir ses divins plats sucrés,
Et il grattait la terre pour ne pas y penser,
Et il coiffait les herbes pour celle-là oublier.